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La Fondation FARM
Sa mission : promouvoir dans le monde des agricultures et des filières agroalimentaires performantes et respectueuses des producteurs.
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La sécurité alimentaire au G8 et au G20 : un peu d'argent et pas beaucoup d'idées
le 9 juillet 2010
1. Les récents sommets internationaux ont traité de la question de la sécurité alimentaire. Vous trouverez en pièces jointes chacun des paragraphes qui concernent cette question.
- Paragraphe 16 de la déclaration finale du G8 de Muskoka (Canada) 25 26 juin 2010 (lire le document : cliquer ici);
- Paragraphe 34 de la déclaration du sommet G20 à Toronto (Canada) 26 27 juin 2010 (lire le document : cliquer ici).
Je vous en conseille la lecture. Les textes sont courts, très court pour le G20 - 8 lignes - ; un peu plus long – 27 lignes – pour le G8, dans des documents de, respectivement, 10 pages et 14 pages hors annexes. En tout cas, le sujet reste dans les ordres du jour.

2. Le texte du G8 indique que 6,5 milliards de dollars US ont été « déboursés/attribués » (« disburse/allocate » dans la version anglaise). L'ambiguïté de la formulation est savoureuse. Les rédacteurs se sont-ils rendu compte qu'ils alimentaient nos doutes ? C'est justement sur ce point que nous voudrions avoir plus de précision. Et savoir comment et à quel moment ces milliards « déboursés/attribués » vont arriver, enfin, aux paysans.
La déclaration confirme l'engagement de 22 milliards pour trois ans, fonds mobilisés en application de l'Initiative de L'Aquila pour la Sécurité Alimentaire (IASA), devenue la référence. Mais pour quoi faire ? Mystère !

3. Les textes rappellent les initiatives diplomatiques, notamment la réforme du Comité de la Sécurité Alimentaire abritée par la FAO, le Partenariat mondial promu par la France et le Programme Mondial pour l'Agriculture et la Sécurité Alimentaire piloté par la Banque Mondiale et financé, entre autres, par les américains. On peine à penser que la cohérence d'ensemble sera améliorée. On sent bien qu'il y a plusieurs dynamiques parallèles et que les négociateurs les juxtaposent pour faire plaisir à tout le monde en attendant que ça se décante. Mais qui gagnera à ce jeu là ? Sans doute ni les agriculteurs, ni ceux qui souffrent de la faim.

4. Les principales questions demeurent. Ces déclarations n'éclairent en rien l'essentiel. Quel le sens de ces programmes ? Quelle est la stratégie ? Quelles sont les orientations des nouvelles politiques agricoles ? Y en a t il d'ailleurs ? Où se trouve la réflexion conceptuelle ? D'où viennent les idées nouvelles, les innovations ? Comment les acteurs tels que les professionnels agricoles ou leurs partenaires, les fondations et les think tank par exemple, le secteur privé , des ONG aussi, sont associés à ces réflexions si tant est qu'elles existent quelque part ? Peut-on espérer qu'une nouvelle approche permettant un développement économique des filières vivrières sorte de tout ça ?

 
Impressions du Mali : ça bouge mais il faut aller plus loin
le 25 juin 2010
Je viens de passer une semaine au Mali. Quelques impressions.

1. Les idées progressent : les déclarations en faveur d'une approche entrepreneuriale de l'agriculture se multiplient.

Ainsi, le PDG de la Banque Nationale de Développement Agricole, Moussa Alassane Diallo (photo) a appelé, avec insistance, à la mutation des exploitations familiales en entreprises agricoles tournées vers le marché, lors de l'atelier organisé par la FAO et FARM sur le financement de l'agriculture.

De son côté, l'Agence Française de Développement, au Mali en tout cas, privilégie l'appui au secteur privé et la structuration agroindustrielle des filières agricoles.

2. Mais rien n'est gagné. Les instruments financiers ne sont pas adaptés.

La BNDA a été obligée de se désengager du secteur agricole pour assurer sa survie financière. Et Moussa Diallo rappelle qu' « elle est traitée comme les autres banques alors qu'elle connaît des risques spécifiques » . Il appelle à une adaptation de la réglementation. De plus, les banques devraient être incitées et soutenues pour développer les crédits à l'agriculture. Et j'ajoute, une fois de plus, que faute de ces soutiens, les taux d'intérêt et les garanties restent inaccessibles pour les filières paysannes.

Et si l'AFD privilégie l'agrobusiness, c'est que ses responsables s'attendent à une forte réduction des subventions. Les prêts seront majoritaires. Or, tout le monde est conscient que, pour le moment, les organisations professionnelles n'ont pas les forces internes pour présenter directement des demandes de crédits.

3. L'existence de coopératives puissantes est la condition pour que l'approche économique bénéficie aux paysans.

Il existe actuellement, au Mali, une véritable dynamique de création de coopératives agricoles. De plus, les acteurs comme les bailleurs de fonds parlent tous de commercialisation, en particulier du riz dans la zone de l'Office du Niger. Mais ce n'est pas si simple et ce beau mouvement, qui correspond à ce que Farm promeut, risque d'échouer si on n'y prend pas garde. En effet, plusieurs points ne sont pas assez traités :

- La taille : la plupart sont trop petites pour être de véritables coopératives. Il ne suffit pas de transformer une association villageoise pour créer une coopérative viable.

- Les faitières : le regroupement de coopératives en faitières peut se révéler un habillage. Il faut que les coopératives fusionnent pour atteindre la taille critique d'une entreprise économique.

- Les compétences : la formation est une condition de consolidation. Encore faut il qu'elle soit ciblée sur les questions de management, qu'elle soit conçue dans la durée et couplée avec un accompagnement professionnel.

- L'accès au crédit : C'est peut être le point le plus important. Le risque est énorme que les coopératives restent à l'écart des crédits faute d'autonomie. Elles sont déjà hors de la microfinance. Sans crédit, elles restent dépendantes de l'aide extérieure.

- La concurrence : Ce que j'ai vu, dans la zone de l'Office du Niger, m'a fait craindre l'irruption de concurrences. En effet, à coté de Faso Jigi, coopérative de commercialisation forte de 12 ans d'expérience et de plusieurs contrats de vente, d'autres entités, créées pour le conseil ou l'action syndicale, veulent se transformer en coopératives. Certes, la concurrence et le choix peuvent être stimulants. Sauf si tous draguent les mêmes producteurs – évidemment les meilleurs - et se chipent les ressources humaines. Et sauf si cette situation se double d'une dispersion homothétique des bailleurs de fonds ?

4. Il est urgent d'élaborer une méthodologie réaliste de création et consolidation des coopératives. En effet, le rôle des coopératives dans la structuration des filières est central. Travaillons y ensemble.

Je m'arrête là aujourd'hui. Je reviendrai sur l'exemple malien riche d'enseignements.

 
Sécurité alimentaire : attention aux risques de méprise
le 11 juin 2010
Un tour d'horizon, avec des lectures et des entretiens, m'a conduit à m'interroger sur la définition du terme 'sécurité alimentaire'.

Deux exemples :

1. La Commission Européenne a publié une communication sur la sécurité alimentaire le 31 mars dernier. La stratégie repose sur 4 piliers : disponibilité, accès, nutrition et crises. Disponibilité alimentaire semble signifier 'accroissement de la production agricole'. Le texte de la Commission rédigé dans cette langue abstraite de la technostructure européenne, est politiquement correct. Tout y est, même s'il faut bien chercher pour arriver au moment où il mentionne les marchés régionaux.

La traduction opérationnelle permet d'y voir un peu plus clair. Elle donne la priorité aux populations vulnérables. Elle écarte le soutien aux agricultures fournissant les marchés régionaux. Certes, Il est tout à fait légitime que l'Union européenne aide les ruraux qui ne mangent pas à leur faim. Mais ce n'est pas suffisant pour faire décoller l'agriculture. Exclure le financement de filières susceptibles d'approvisionner les villes ne peut que maintenir les pays en état de dépendance. C'est une erreur historique. Cela conduit à priver les représentants de l'Union européenne d'une conception d'ensemble des programmes agricoles. Là, se trouve sans doute l'origine de l'absence de vision stratégique européenne pour les politiques agricoles des pays en développement.

2. Les Etats-Unis ont rendu publique leur stratégie alimentaire en mai 2010 sous forme d'un document intitulé 'Feed the future'. La stratégie résulte d'un travail conjoint entre le Ministère de l'Agriculture (USDA) et l'Agence d'Aide (USAID). Les 4 piliers que les américains expriment par availability (disponibilité), accès, utilization et stability (opposé aux crises) sont très proches des piliers européens. Et, le document américain présente lui aussi de traits politiquement corrects.

Tom Vilsack, lors de l'ouverture du symposium qui a réuni les acteurs concernés le 20 mai à Washington, a déclaré que l'aide alimentaire n'était qu'une solution de court terme et a insisté sur la nécessité d'augmenter la production. Il est trop tôt pour savoir si cette initiative marque une réelle inflexion en faveur de la production locale. Mais déjà on peut lire des chapitres clairs et concrets consacrés à l'augmentation de la production, l'accès à la technologie et au financement et à l'amélioration des marchés.

3. J'en tire une première conclusion qui est un appel à la vigilance. Le terme 'sécurité alimentaire' peut être un piège. Il peut recouvrir des contenus différents. Il peut être source de malentendus. Ceux qui militent pour la production agricole, les revenus des agriculteurs et les marchés locaux ne doivent pas s'en satisfaire. Il peut servir d'alibi à l'aide internationale pour exclure les filières agricoles. Je pense que là se trouve la racine de mes inquiétudes sur le conformisme international.

4. Je voudrais ajouter un mot pour éviter les méprises. J'insiste en ce moment dans mon blog sur l'aide publique à l'agriculture. Ce n'est pas que j'oublie les investissements privés, l'épargne des agriculteurs ou le mécénat. C'est que je suis persuadé que des crédits publics sont indispensables pour amorcer le décollage de la production vivrière dans les pays pauvres. Mais en outre les crédits publics sont les preuves d'une volonté politique et les marqueurs d'une conception du développement.

 
Libérons la réflexion sur la conception de l’aide à l’agriculture
le 28 mai 2010
L’aide à l’agriculture est tombée tellement bas que la priorité est de l’augmenter massivement. Je crois vraiment que les moyens sont indispensables. Mais il est légitime que la question se pose : suffit-il d’augmenter les financements pour résoudre les problèmes des paysans ? La question revient beaucoup dans les réactions à mes derniers articles. Le commentaire d’Ibrahim Coulibaly, le 5 mai, (que vous pouvez lire en réaction à l’article « Bill Gates comprend et agit : vous avez compris et réagi ») résume le problème. « Je pense, dit-il, qu’il est important d’éviter, quand des paysans ont juste besoin d’avoir quelques sacs d’engrais, des semences ou des bœufs de labours, d’envoyer des milliards dans des impasses de ce genre… ».

Mais il regrette aussi que l’aide ait baissé alors que l’on avait besoin d’investir dans l’agriculture. Je partage largement les commentaires d’Ibrahim Coulibaly mais je voudrais revenir sur cette question au regard du contexte actuel. Certes, le thème est complexe. Il a fait l’objet d’une multitude de colloques et d’études. Mais il prend une acuité nouvelle justement en ce moment.

En effet, on commence à entrevoir l’arrivée de crédits nouveaux. Même si c’est encore trop lentement, de façon erratique et pas assez en volume global. Mais la question n’est pas de savoir si les volumes sont trop élevés, la question est de savoir si la conception et la gestion de l’aide sont adaptées à une politique ambitieuse de relance de l’agriculture vivrière mondiale. Se poser la question, c’est commencer d’y répondre. Il est important d’aller plus loin.

Quelques éléments pour cela :
- Depuis une vingtaine d’années, la conception des soutiens à l’agriculture vivrière privilégie les finalités sociales - lutte contre la pauvreté, objectif du Millénaire - plutôt que la logique économique - structuration des filières, approvisionnement des villes. Lorsque les projets s’arrêtent, personne ne prend le relais.
- Les politiques arbitrent en faveur des consommateurs, qu’il s’agisse des gouvernements ou des institutions internationales. Elles négligent le fait que l’activité agricole peut créer de la richesse. En conséquence, les agriculteurs des pays pauvres n’ont pas accès aux moyens faute d’un raisonnement économique. Ils sont maintenus dans leur pauvreté.
- Pour sortir de ce dilemme, il faut diminuer les coûts de production unitaire. Et  pour  cela, soutenir franchement l’intensification. Or, les préoccupations environnementales des pays industrialisés, devenues une pensée dominante, tétanisent les bailleurs de fonds.
- Le passage de l’essentiel de l’aide par les administrations publiques au Sud comme au Nord ne constitue pas une source d’innovations ou de créativité. Manque de réactivité, de capacité d’adaptation, de sélectivité.
- De nouveaux financements sont espérés mais les annonces de nouveaux crédits sont opaques. Elles ne comportent ni calendrier, ni perspectives et ne sont pas forcément crédibles. L’agriculture est une activité à long terme qui nécessite une capacité d’anticipation. Donc de confiance. Or la confiance n’est pas assurée.
- Des financements en apparence importants peuvent, en réalité, être beaucoup trop faibles. La facilité alimentaire européenne est un malheureux exemple. 1 milliard d’euros, cela peut sembler beaucoup mais 1 milliard d’euros pour 50 pays passant par 7 organisations internationales et plus de 130 ONG, cela ne représente plus grand’ chose. Surtout que c’est une opération ponctuelle pour laquelle les délais de négociation et de sélection auront dépassé, de beaucoup, les durées de réalisation.

En résumé, le système actuel a survécu en réussissant à gérer la pénurie. Il peine à se remettre en question pour affronter les nouveaux enjeux. Il risque de se comporter comme une machine à broyer qui neutralise l’impact des nouveaux financements. Les responsabilités sont largement partagées entre bailleurs de fonds et pays bénéficiaires, malgré beaucoup de bonnes volontés individuelles.

Conclusion : il est urgent de repenser la conception et la gestion de l’aide. Et pour cela, il est indispensable de se donner de la respiration. Il faut sortir cette réflexion du carcan bureaucratique où elle est emprisonnée.

 
G8 - G20 : la sécurité alimentaire au point mort ?
le 10 mai 2010
Le silence qui entoure la préparation des sommets du G8 et du G20 qui vont se réunir fin juin au Canada fait craindre un constat d'immobilisme concernant la sécurité alimentaire. Pourtant, le diagnostic est fait: il faut réinvestir dans l'agriculture. S'il se confirmait que 2010 fait du surplace, il reviendrait à la présidence française de relancer la dynamique en 2011.

1. Fin juin, le Canada sera l'hôte des sommets multilatéraux. En 2010, il y aura encore un G8 et un G20. En 2011, les chefs d'Etats et de gouvernements ne se réuniront plus qu'en format G20. Et c'est la France qui présidera, en 2011, le nouveau dispositif. 2010 est donc une année de transition mais les deux sommets auront lieu dans la foulée : G8, les 25 et 26 juin à Muskoka, petite localité à 200 km au Nord de Toronto; G20, les 27 et 28 juin à Toronto (il y aura un deuxième G20 à Séoul en novembre). (lire la suite)